Au revoir...

Disparition de Robert Bigot, membre fondateur de la Charte

La Charte tient à rendre hommage à Robert Bigot, administrateur et membre fondateur de la Charte. Notre association s’associe au témoignage de son ami Christian Grenier et à la douleur de la famille de Robert Bigot.

Robert Bigot est mort le 24 avril, dans la clinique de soins palliatifs d’Eaubonne où il s’était fait admettre deux mois auparavant.

Il me semble important de livrer aux jeunes Chartistes qui ignorent son nom des informations sur cet écrivain pour la jeunesse sans lequel notre Charte ne serait sans doute pas devenue ce qu’elle est.
Né à paris le 24 décembre (mais oui) 1933, Robert Bigot était ingénieur chimiste. D’origine juive (mais non croyant), il a été marqué par le dernier conflit mondial et par la guerre d’Algérie. Très vite, il est devenu un citoyen engagé (membre du Conseil municipal de sa commune, Taverny), luttant contre les injustices sociales et toutes les formes de conflits.

Robert, j’ai fait sa connaissance à la Ligue de l’enseignement, lors de la remise du Prix Jean Macé 1974. Ce prix, j’espérais bien le décrocher avec le manuscrit de mon roman Face au Grand Jeu. Mais c’est Robert qui l’a obtenu avec Les Lumières du matin, un roman historique sur la Commune de Paris qu’Hachette a publié dans sa Bibliothèque Rouge (collection éphémère « pour les 15/17 ans »). Aurais-je pu être jaloux ou envieux ? Impossible : Les Lumières du matin étaient - sont toujours - un vrai bijou. Et Robert, très vite, devint un ami : nous avions les mêmes convictions, les mêmes goûts.

En 1975, quand eut lieu la première réunion officielle de La Charte des Auteurs à la Bibliothèque de Montreuil, Robert faisait partie des sept écrivains qui avaient répondu présent. Aussitôt, il s’est mis au service de notre association toute neuve. Et dieu sait si ses débuts ont été difficiles ! S’il a presque toujours refusé les responsabilités officielles, Robert est devenu le défenseur opiniâtre et la mémoire discrète et obstinée de La Charte. Présent à chaque réunion, ouvert à chaque nouveau projet, il notait, classait et conservait tout.

Membre du Conseil d’administration du C.R.I.L.J.* dont il était adhérent depuis quarante ans, Robert en fut longtemps le trésorier.

Quand j’ai lancé, en 1988, La saga du XXe siècle, il en a établi toute la structure généalogique. C’est l’époque où, atteint et opéré d’un cancer, il a cru mourir.

Dix ans (et quelques romans) plus tard, il était toujours là, tricotant le destin de ses personnages favoris avec Les jardins d’mon père, La double vie de Chloris Locuste ou Une si petite flamme, dont il m’a demandé de rédiger la préface.

Retraité, Robert Bigot s’est mis au service des plus démunis. Il passait ses nuits à répondre aux appels de S.O.S amitié ; au Secours Catholique, il aidait les réfugiés et les sans papiers à obtenir des titres de séjour et des visas.

A la suite d’une aggravation de sa maladie, il m’a confié son désir d’écrire un roman avec moi. Ainsi fut rédigé, en temps réel, Le mal en patience, récit épistolaire qui a pour décor le siège de Sarajevo. Robert y tient le rôle de Romain, son double ou presque : un prof de musique condamné par un cancer.

Une nouvelle récidive de sa maladie et l’échec de ses chimiothérapies successives lui ont fait comprendre que ses jours étaient comptés. Peu avant sa disparition, il m’a confié « les archives de La Charte », que j’ai remises à notre association le 23 mars dernier.

Pour reprendre une phrase célèbre, Robert était sans doute « le meilleur d’entre nous ». Discret, efficace, il était d’une droiture, d’une honnêteté et d’une rigueur exemplaires. La Charte a perdu l’un de ses membres les plus précieux, celui qui (même s’il refuserait cet hommage était l’âme de notre mouvement.

Lors de ma dernière visite à son chevet, il m’a lu, la gorge serrée, le courrier que lui avait adressé notre Présidente actuelle, Carole Trébor – je l’en remercie vivement. Puis il a chantonné les paroles de la chanson de Félix Leclerc qui, selon ses vœux, devait clore sa cérémonie de crémation :

Quand les hommes vivront d’amour
Ce sera la paix sur la Terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts mon frère…

Ecrivain, Robert Bigot était aussi poète et musicien. Son oeuvre tient en dix ouvrages, la plupart réédités, dont on trouvera les titres sur Internet (Ricochet).
Ceux qui aimeraient en savoir davantage sur cet auteur trop effacé pourront lire sa dernière interview, en septembre 2011.

Christian Grenier

* Le Centre de Recherche et d’Information sur la Littérature pour la Jeunesse, créé en 1964 et « réactivé » en 1974.