Au revoir...

Disparition de l’auteure et illustratrice Claire Franek

2500 mercredis

Le premier livre de Claire s’appelle Qui est au bout du fil ? (Editions du Rouergue), c’est une histoire de marionnettes, ça a rien à voir avec le téléphone, mais c’était toujours marrant d’avoir Claire au téléphone, ça durait des heures et j’étais toujours obligé de lui raccrocher au nez pour pouvoir aller pisser. Qui est au bout du fil, maintenant, j’en sais rien. Mais au bout des fils, sur son lit d’hôpital, il y avait de la morphine et des corticoïdes.
Claire a illustré Dans 3500 mercredis, d’Annie Agopian, aux Editions du Rouergue, c’est un album qui révèle les ressemblances entre les enfants et les vieux malgré leurs 3500 semaines d’écart. Et c’est marrant parce que Claire avait représenté les visages des personnes âgées en pâte à papier pour bien faire ressortir leurs rides toutes fripées. Mais Claire n’a pas eu le temps d’avoir des rides aussi flagrantes, elle n’a même pas eu le temps de devenir vieille, elle n’a vécu que 2500 mercredis.

Elle a aussi illustré J’ai drôlement de la chance d’être née le jour de mon anniversaire, d’Annie Agopian, chez Casterman. Mais Claire est morte quatre mois avant de fêter son cinquantième anniversaire - et ce titre a d’ailleurs disparu du catalogue des Editions Casterman.
Claire a écrit et illustré Rendez-vous à quatre heures et demie, chez Thierry Magnier, dans lequel elle dévoile la journée des adultes avant que tous convergent vers la sortie de l’école pour y retrouver leurs enfants, dans le quartier de Montreuil où elle habitait en faisant ce livre. Mais les deux enfants de Claire ne sont plus à l’école primaire. Charlie, 19 ans, est à la fac de Lille. Nina, 22 ans, est étudiante à Marseille. Claire n’ira plus les chercher, ni à quatre heures et demie, ni à la gare de Choisy.
Claire a illustré Je vous présente Gaston (L’Édune), écrit par Raphaële Frier. Dans cet album, une petite fille prépare ses parents à accueillir son amoureux, qui s’avère être un éléphant. Mais Claire n’était pas amoureuse d’un éléphant, elle aimait l’illustrateur Marc Daniau, qui a toujours été mince alors on peut pas le confondre avec un éléphant... Et il est désormais sans défenses.
Claire a écrit et illustré Le Drame, au Rouergue, qui met en scène les catastrophes que se monte un gamin avec ses jouets. Mais ce n’est pas un foutu Playmobil qui a tué Claire. C’est le cancer.
Claire a illustré plusieurs textes de sa soeur Ghislaine Beaudout chez Casterman, notamment Billes de clowns, putain, on ne verra plus la sienne, La Nuit, merde, il fera désormais noir sans elle, et Quel malheur ! Claire a aussi fait les images de Si j’y suis, au Rouergue, écrit par sa soeur Ghislaine. Et personne ne sait maintenant où elle est.
Claire a écrit et illustré Le Facteur n’est pas passé, chez Thierry Magnier. Le facteur, peut-être pas, mais la mort est arrivée largement en avance. Le dernier livre paru qu’elle a illustré est Ma vie dans un grille-pain, chez Sarbacane, écrit par Mikaël Ollivier. Et Ma vie dans un grille-pain, ça c’est marrant parce que, pour sa mort, Claire a été incinérée... Enfin, pas vraiment dans un grille-pain, mais bon...
Claire a aussi écrit le texte de Tous à poil, dont les images réalisées par son amoureux Marc Daniau avaient froissé un tas de connards et de connasses réactionnaires. Et elle nous laisse aujourd’hui tous à poil et démunis, sans ses éclats de rire, sans sa fraicheur, sans son souffle, qui nous emportaient partout vers des précipices de rigolades, de Montreuil à Grateloup, de Choisy-le-Roi à Arcachon, de la citadelle de Blaye à la place Stanislas de Nancy, avec le coeur qui tambourinait, les crayons en avant, la tête en arrière, et tout qui volait autour.
Claire reste dans les clairières de nos manèges tapageurs, les yeux sous la lumière, les mains trempées dans les couleurs, son rire s’accélère pour faire tourner le monde à l’envers.

Guillaume