Au revoir...

Disparition de l’auteur Bertrand Solet

Bertrand Solet nous a quittés

A la fin des années soixante, les auteurs jeunesse se comptaient sur les doigts des deux mains.
Né en 1933, Bertrand Solet a rejoint ce club fermé (Colette Vivier, George Nigremont, Andrée Clair, Jacqueline Cervon, René Guillot, Pierre Gamarra, Bernard Clavel, Paul Berna, Saint Marcoux, etc.) en publiant coup sur coup en 1969 Jehan de loin, Les révoltés de Saint Domingue et Bastien, gamin de Paris.
Né à Paris, originaire d’une famille d’émigrés russes, Bertrand Soletchnick (il publiera ses premiers romans sous son nom complet) était né à Paris et avait, dès son jeune âge, été atteint de poliomyélite.
Marié avec Monique, il s’est vite passionné pour l’Histoire, les exclus, les persécutions, la classe populaire - et il a milité sa vie durant pour dénoncer les injustices : Il était un capitaine (1972) relate l’affaire Dreyfus, Les révoltés de Saint Domingue le destin de Toussaint Louverture, l’esclave qui oeuvra pour l’indépendance de son pays, Haïti.
Ses premières publications accompagnèrent le succès grandissant des collections qui sortaient du sentier battu des « séries roses ou vertes pour la jeunesse ».
Bertrand Solet publia d’abord à La Farandole et dans Plein Vent, chez Robert Laffont, la première collection (créée en 1966 par André Kedros, allias André Massepain) destinée aux jeunes adultes – son public préféré. Les 150 titres de sa bibliographie ont souvent été récompensés par des prix.

Ma première rencontre avec Bertrand date de 1972, à la Ligue de l’enseignement.
Lors de la naissance de La Charte, en 1975, Bertrand fut d’abord opposé à sa création : s’il reconnaissait « œuvrer pour une littérature jeunesse de qualité », il refusait d’être rémunéré pour intervenir dans les classes : admiratif du travail des bénévoles (critiques, organisateurs de salons, enseignants) qui défendaient la littérature jeunesse, il jugeait que ces rencontres faisaient partie de son travail militant – une position tout à fait respectable, qu’il modifia par esprit syndical puisqu’il rejoignit bientôt nos rangs.
Tous les auteurs jeunesse croisaient Bertrand chaque année au salon de Montreuil (il vivait à Montreuil !).
Malgré sa taille modeste, on le repérait de loin, grâce à sa démarche claudicante - mais décidée ! - accompagné de son épouse Monique. Chacun pouvait apprécier sa franchise, son optimisme, son caractère volontaire et la hardiesse de ses engagements, auxquels il resta fidèle sa vie durant.

Merci, Cher Bertrand, d’avoir si bien et si longtemps œuvré pour cette littérature jeunesse que tu as servie à merveille. Et que soient ici témoignés notre chagrin et nos condoléances à Monique, à leurs trois fils et leurs sept petits-enfants.

Christian Grenier, auteur

Au revoir Bertrand Solet

Bertrand Solet vient de décéder. Il venait chaque année nous saluer à Montreuil et, cette année, il n’était pas venu. De son vrai nom Bertrand Soletchnik, il était né en 1933, à Paris, dans une famille d’émigrés russes. Durant la Seconde Guerre mondiale, en zone libre avec ses parents, il attrapa – quel mot ! - une maladie que l’on connaissait mal et que l’on soignait mal à l’époque, la poliomyélite. C’est durant cette période de maladie qu’il attrapa aussi le virus de la lecture.
Après la guerre, orphelin, élevé et soigné par une tante, il prépare l’IDHEC. L’arrivée massive du cinéma américain, qui faillit couler le cinéma français, l’incite à changer d’orientation. Il suit les cours du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Un temps journaliste, il entre dans une entreprise de commerce international et devient responsable du service de documentation économique, travail qui le fait beaucoup voyager.

Il écrit pour la jeunesse, à compter des années 1970, des romans le plus souvent historiques (Il était un capitaine, Robert Laffont, 1971, Prix Jean Macé, Les révoltés de la Saint-Domingue, 1980, En Égypte avec Bonaparte, 1988, Compagnons de Mandrin, 1990) ou traitant de sujets liés à l’actualité ou peu souvent traités comme le racisme, l’immigration, la vie des Tsiganes (La flûte tsigane, Flammarion, 1982). Il écrit également des recueils de contes (Contes traditionnels d’Auvergne, Milan, 1994, Contes traditionnels de Russie, Milan, 2002). Ouvrage récent : Le Chambon-sur-Lignon : le silence de la montagne (Oskar jeunesse, 2016).

Ecrivain "pédagogue", auteur de près de 150 ouvrages à l’écriture efficace, Bertrand Solet aura fait connaître aux jeunes lecteurs des pans entiers de l’Histoire et, assez souvent, d’une Histoire pas enseignée à l’école. Il les aura aussi, offrant de solides fictions, fait réfléchir à quelques-unes des questions qui empoisonnent le monde.

Membre de la Société des Gens de Lettres, de la Maison des Écrivains et fidèle de la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse qu’il a contribué à mettre sur pied, la première réunion de réflexion s’étant tenu, en 1976, à son initiative et à celle de la conseillère municipale à la culture, à la bibliothèque de Montreuil.

Il avait en 2003, publié au Sorbier un bel essai : Le roman historique : invention ou vérité ?

En 2005, un numéro de la revue Griffon lui est consacré.

"Bertrand Solet désigne quelque injustice à combattre, une nouvelle cause à défendre, des chaînes d’esclaves qu’il faut aller briser. Sa fameuse canne balaie l’horizon : là-bas, il y a une terre où les hommes vivent libres et égaux." (Marcelino Truong).

André Delobel, secrétaire général du CRILJ

Ce froid mois de février 2017, Bertrand Solet nous a quitté.

Non. Pour ceux qui l’ont connu demeure sa voix chaleureuse et grave. Ses mots coulaient comme une rivière serpentant à travers un paysage lumineux.

Bertrand Solet est associé aux commencements de la littérature de jeunesse et à la Charte où il vint assez rapidement.

Suffocant d’enfances de tous pays, il représente une vie d’observations, de recherches, d’imagination, de compréhension et d’émotions.

L’ont accompagnées des montagnes de mots et de métaphores dans ses livres éblouis de soleils lointains, d’oiseaux des mers, de songes, et de poésie.

Historien et géographe, derrière ses mots, il y avait l’accent des voyages, un regard révolté mais bienveillant, une douceur profonde et une générosité qu’il semait à tous les vents.

Ami des jeunes, il leur parlait de rébellions, de résistances, des conflits du monde et du triomphe des plus humbles.

En ethnologue, il savait prendre son temps, tout en ayant une créativité extrême.

N’a-t-il pas écrit cent-vingt livres ?

Pour les siens, pour la mémoire de Bertrand, pour toutes les générations, il faudrait rassembler ses meilleurs romans et créer un Bouquin ou un Quarto (comme les collections du même nom chez Laffont et Gallimard) où figureraient ses titres les plus forts : Les révoltés de Saint-Domingue, Si j’étais un capitaine...

Ainsi il demeurerait parmi nous.

Mais je ne peux oublier Monique, son épouse, à qui j’adresse mes pensées les plus affectueuses.

Rolande Causse, auteure