Au revoir...

Disparition de Gérard Dhôtel

La mort d’un écrivain engagé qui aimait passionnément travailler pour les ados

« J’ai compris que c’est en écrivant pour les collégiens que je trouvais ma raison d’être, que je pouvais revendiquer haut et fort ma mission au sens où je l’entends : passeur de savoir, révélateur de sens critique et médiateur. Quelque part entre l’enseignant qui sait mais qui juge et le parent avec qui il y a une histoire trop fusionnelle pour être objective. »

C’est ainsi que Gérard Dhôtel expliquait pourquoi il avait choisi délibérément de devenir journaliste puis écrivain pour les ados. C’est lorsque son remarquable livre Israël-Palestine, une terre pour deux , publié en mai 2013 chez Actes sud junior, a obtenu la PEPITE DU LIVRE DOCUMENTAIRE 2013, prix décerné à l’occasion du Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, que le grand public a semblé découvrir cet homme aussi exigeant que discret. Pourtant il n’en était pas à son premier livre pour la jeunesse ! Et depuis toujours creusait un sillon, celui des valeurs humanistes, du combat contre les injustices et pour les droits de l’homme.

Gérard est né à Vitry-le-François en Champagne en juillet 1955. Il a mené une carrière de journaliste commencée dès sa sortie de l’école de journalisme de Strasbourg en 1977. Il a été l’un des fondateurs de l’hebdo L’Événement Junior (la version jeunesse de l’hebdomadaire de Jean-François Kahn L’Événement du Jeudi) en 1993, par la suite rédacteur en chef-adjoint de L’Hebdo des Juniors en 1998 (Fleurus) puis rédacteur en chef en 2001, avant de devenir en 2005 le rédacteur en chef du journal Le Monde des ados (La Vie-Le Monde) jusqu’en 2010. Il s’est battu toute sa vie pour un journalisme qui prenne le temps de comprendre et de faire comprendre. Et portait une exigence d’analyse, de lucidité, de clairvoyance et d’honnêteté.
C’est cette même exigence qui l’a conduit à écrire des livres engagés, toujours sur des sujets brûlants ou dérangeants. Il commencera avec Les Réfugiés du bâtiment A : le droit d’asile menacé (1995), puis Bedirya la volontaire : l’éducation des filles en Afrique (2004) dans la collection « J’Accuse », que dirige Charlotte Ruffault chez Syros. Suivront de nombreux ouvrages –plus d’une vingtaine- consacrés aux enfants dans la guerre, à la peine de mort, la guerre d’Algérie ou à la Révolution française (sa période de l’Histoire de prédilection).

Lorsqu’en 2008 je créé la collection « Ceux qui ont dit Non » chez Actes sud junior, Gérard fait naturellement partie des premiers auteurs avec son roman Victor Schœlcher, Non à l’esclavage (2008). Il sera l’un des piliers de notre collectif d’auteurs, partageant toutes les résidences d’écriture collectives ( Saint-Paul-Trois-Châteaux, Non à l’individualisme (2011) ; L’odyssée des mots de Quimper, Non à l’indifférence (2013)), montant sur scène pour ces lectures croisées du récital « Des voix pour dire Non » à chaque occasion. Ces dernières années, nous avons multiplié les ateliers du Non, permettant à tous, ados et adultes, de venir exprimer leur propre insurrection personnelle. Et Gérard excellait avec sa manière délicate et empathique, pour laisser s’exprimer le meilleur de chacun. Il aimait et croyait à notre « tous ensemble », il avait profondément confiance dans le monde des ados. Nous aimions si fortement sa présence fraternelle et positive, joyeuse et volontaire.

Il était fier d’être membre de la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse. Son dernier livre Comment parler de l’Islam aux enfants est paru il y a quelques mois aux éditions Le Baron perché.

Gérard a été emporté par un cancer foudroyant, vendredi 27 mars 2015 à l’âge de 59 ans. En écrivant ces mots, je n’ai toujours pas réalisé ce qu’ils signifient, nous n’avons toujours pas réalisé. Nous sommes à nouveau engagés dans une résidence collective, en Moyenne Durance à Château-Arnoux, pour un « Non à l’intolérance », avec Bruno Doucey, Maria Poblete, Nimrod et Elsa Solal. Gérard est là, présent. Tous ceux qui l’ont croisé, au fil des salons du livre jeunesse, des rencontres ou dédicaces, se souviennent de son sourire, sa gentillesse, sa bienveillance, son incroyable générosité dans la relation mais aussi de son humour. Il est en nous, parmi nous, à jamais.

Murielle Szac (Ecrivain, directrice de la collection Ceux qui ont dit non)

Bibliographie de Gérard Dhôtel