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La Charte répond aux libraires

Chers adhérents, chers libraires !

La Charte ayant reçu des mails de libraires et une lettre du SLF (Syndicat de la Librairie Française) se questionnant sur la mise en avant des pourcentages sur les marque-pages, et les interprétant comme une possible opposition entre libraires et auteurs, nous tenons à partager dans l’urgence notre réponse aux libraires :

Nous regrettons profondément que notre opération de communication sur la rémunération des auteurs ait généré tant de malentendus. Les libraires sont des partenaires essentiels pour les auteurs, de la même manière que les auteurs donnent matière au travail des libraires, et cette relation est garante de la pérennité de nos métiers, nous en sommes, tout comme vous, convaincus. Nous pensons que le dialogue est plus que jamais nécessaire.

Le but de notre opération de communication par les marque-pages est très simple : sensibiliser le grand public à la précarité grandissante des auteurs et illustrateurs jeunesse. Il n’est pas possible de le faire sans expliquer la répartition du prix du livre sur les différents acteurs de la chaîne. Aussi avons-nous choisi de reprendre des chiffres qui circulent partout officiellement, sous forme de camembert ou de blocs, concernant cette redistribution. Pour éviter toute méprise sur notre objectif, suite à une rencontre avec des libraires au CNL, nous avons pris le soin de mentionner qu’il s’agissait des pourcentages hors-charges. Cette donnée est vraie pour les libraires comme pour les auteurs, dont les 6% (souvent 3 et 3 entre auteurs et illustrateurs) doivent également être diminués des charges et cotisations diverses, ainsi que des frais multiples associés à nos métiers. Et il en est ainsi de tous les acteurs de la chaîne, bien entendu. Dès lors, nous sommes surpris par votre réaction, qui pourrait laisser entendre que nous souhaitons cibler les libraires comme responsables de la faible part dévolue aux auteurs… Ceci n’est absolument pas notre objectif.

Par ailleurs, il nous semble que ces supports sont l’occasion d’une réelle pédagogie à l’égard des lecteurs, et les auteurs doivent expliquer ce qui est à l’origine de cette répartition. Pour nous, c’est le moyen de revenir sur ce qu’est la chaîne du livre, si méconnue des lecteurs. Bien sûr, parler prend du temps. Mais il en prend à tous ceux qui souhaitent rendre plus visibles et compréhensibles les enjeux de nos métiers.

Nous avons contacté des libraires en amont de cette opération, prêts à soutenir nos messages et déjà engagés dans la distribution des marque-pages. Ils demandent certainement un accompagnement, mais dans notre esprit, cette parole est constructive et doit permettre, in fine, d’appuyer nos revendications auprès des éditeurs, qui ne veulent pas nous entendre. Vous libraires, comme nous, étouffez à cause d’une surproduction qui rend vos métiers de plus en plus difficiles et nos revenus dérisoires. Comme nous, vous souhaitez défendre une littérature de qualité. Pour cela, il faut s’intéresser à la rémunération juste des auteurs, acculés à produire sans relâche pour vivre de leur plume ou de leur crayon. Vous pouvez nous aider, comme nous sommes heureux de participer à des dédicaces organisées dans les librairies, comme nous défendons la libraire, au sein de notre association et du Conseil Permanent des Ecrivains, face à la menace de disparition de la librairie indépendante dans le cadre d’une économie numérique de plus en plus envahissante.

Nous espérons que vous entendrez cet appel sincère et motivé et nous sommes d’accord pour discuter ensemble des manières possibles pour faire entendre nos voix.

Le bureau de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse,
Carole Trébor, Valentine Goby, Marie Quentrec, Maïa Brami, Florence Vandermalière