L’association

Historique

La Charte est née en 1975 de la volonté d’auteurs souhaitant défendre une littérature jeunesse de qualité, ainsi que leurs droits et leurs spécificités d’écrivains et de créateurs.

Le petit groupe d’origine, auquel se sont joints les illustrateurs, dépasse aujourd’hui les 1000 membres, sans perdre son caractère convivial. Répartis dans toute la France et dans plusieurs pays francophones les Chartistes publient plus de 1 500 ouvrages par an et assurent 7 000 journées d’intervention en milieu scolaire, en bibliothèque, auprès des jeunes et des professionnels du livre.

Les critères d’adhésion à l’association sont rigoureux, mais la Charte n’entend pas se replier sur elle-même et intègre sans cesse de nouveaux membres.


Pour commencer l’Histoire de la Charte

par Claire Nadaud

Faire l’historique de la Charte alors qu’elle atteint ses 20 ans comme association 1901 et ses 30 ans d’existence et qu’elle est passée d’une vingtaine d’auteurs militants et déterminés, à près de 700 aujourd’hui, c’est faire la longue liste de tous ceux et toutes celles qui ont su donner du temps et de l’énergie pour que vive une association très originale.

Elle regroupe dès le départ des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse qui se battent pour des conditions décentes de travail tant pour les contrats d’éditions que pour les animations. Marginalisés dans beaucoup d’instances, les auteurs et les illustrateurs ont éprouvé le besoin d’échanger et de confronter leurs expériences.

Christian Grenier, créateur et fondateur de la Charte, nous conte par le menu dans un ouvrage qui vient de paraître sa naissance et ses premières ambitions. Si la bataille pour la rémunération des rencontres et des ateliers d’écriture fut gagnée, celle des contrats et de la lecture des relevés de droits ne l’est toujours pas, mais nous y travaillons encore, avec aujourd’hui plus de force.


L’histoire raconte qu’en 1975, il y a trente ans, dans une auberge bretonne, une poignée d’auteurs se révolte contre un gentil organisateur qui les avait invités à régler la note après trois jours de rencontres non-stop.

Après cet épisode, une première réunion se tient à la bibliothèque de Montreuil à l’initiative de Bertrand Solet et de la conseillère municipale à la culture. Un manifeste est rédigé et publié et de nombreux points font encore partie de nos objectifs. Les auteurs présents étaient William Camus, Jean Coué, Christian Grenier, les Grimaud, Béatrice Tanaka, Rolande Causse, Germaine Finifter, Robert Bigot et Jean Ollivier, mais tous n’étaient pas forcément d’accord.

La Charte a aidé les auteurs jeunesse à prendre conscience de leur rôle.

Elle a éclairé leur identité, elle les fait réfléchir sur leur production et les a responsabilisés. Elle a réuni et uni des centaines d’auteurs et d’illustrateurs qui œuvraient individuellement jusque-là. Elle a tissé entre eux des liens affectifs et intellectuels puissants sans altérer leur personnalité… En haussant le niveau d’exigence des rencontres auteurs-lecteurs, la Charte a dopé le mouvement suscité par l’entrée des ouvrages jeunesse dans les milieux scolaires. Comme elle a, en répondant à l’appel des organisateurs de salon, sans doute multiplié les ventes des ouvrages. Les Éditeurs, souvent spectateurs des auteurs intervenant dans les bibliothèques, les classes ou les Salons, commencent à comprendre que les écrivains et illustrateurs qui se déplacent dialoguent et d’une certaine façon, militent pour l’accès attrayant à la lecture ont largement contribué à la diffusion, la promotion et la vente de leurs ouvrages. Bien sûr, ce travail opiniâtre est en fait le fruit d’une longue collaboration où chacun, depuis des années, a sa part...

Christian Grenier
Je suis un auteur Jeunesse, éd. Rageot

En 1978, la seconde réunion eut lieu chez Christian Grenier avec Béatrice Tanaka et Arnaud Laval. À cette occasion, Christian rédige le premier bulletin qu’il fait parvenir à tous les sympathisants. Il n’y a encore, ni association, ni carte, ni cotisation. Béatrice Tanaka organise une réunion en 79. Y assistent Andrée Clair, Luce Filliol, Claude et Jacqueline Held, Christian Léourier, Michel Jeury, Francis Valéry et Frédéric Clément.

En 81 la réunion a lieu chez William Camus, La Charte comprend alors 25 membres. Une des premières actions fut de constituer une liste des auteurs et des illustrateurs se réclamant de la Charte.

En 1984, La Charte devient une association loi de 1901, Christian Grenier devient le premier président. Elle passe de 25 à 46 membres. Les statuts sont débattus et votés. Ils précisent notamment que ses membres se reconnaissent dans une littérature, des expressions et des graphismes de qualité, vivants, dynamiques et ouverts à tous les imaginaires contemporains.

Ils s’engagent à communiquer à l’association leurs contrats, les avantages acquis dans la profession et toutes les informations touchant le livre et ses dérivés… Ils s’engagent également à demander des indemnités auprès des organismes qui les invitent… « Il faut cependant souligner que la Charte n’est pas une association qui permet de faire des animations, d’ailleurs tous les chartistes n’en font pas. » Un bureau est constitué dans lequel les responsabilités sont partagées. Christian Grenier en est le premier président, Yves Pinguilly le vice-président, Alain Duret le secrétaire. Une cotisation et un bulletin officiel sont instaurés. Les AG ont lieu chez les uns ou chez les autres, et un certain nombre de réunions à la bibliothèque du Pré-Saint-Gervais, Christian assurera la présidence jusqu’en 86, les chartistes sont alors 56. Ensuite, chaque président s’engagera pour trois ans, la durée du mandat électif.

En 1986 Jacques Cassabois est élu président, jusqu’en 88, et Claire Nadaud devient vice-présidente. Nous sommes alors 69.

Christian Léourier, assume la présidence à son tour de 1989 à 1992. Il réalise la plus grande partie du travail avec son épouse. Gérard Hubert-Richou gère le secrétariat et Robert Bigot la trésorerie, tâche qu’il accomplira pendant dix ans permettant un développement considérable de notre association qui compte alors 133 adhérents. Notre nombre impose alors une nouvelle organisation et Claire Nadaud propose un système de parrainage. Chaque postulant doit s’assurer l’appui de trois chartistes qui connaissent son travail, le parrainent et le font entrer dans l’association.

En 1993, François Sautereau assure la présidence. Christine Flament entre dans le bureau, Jean Hugues Malineau et Jacques Delval arrivent au CA qui acquiert une véritable autonomie, chacun prenant à cœur les tâches qui lui sont confiées. Caroline Pistinier réalisera le bulletin, qui commence à prendre une forme graphique plus professionnelle. Jusqu’en 93, Odile Herrenschmidt nous accueille généreusement pour les AG. Trop nombreux pour que cela perdure, nous instituons des assemblées générales décentralisées afin de permettre aux chartistes de province de nous rejoindre plus facilement.

La première AG de ce type a lieu à Montpellier en 94 sous la houlette du Conseil Général et de la BDP, grâce à René Escudié. C’est un franc succès, Claire Nadaud a réalisé pour cette occasion la première exposition d’illustrateurs qui avait l’ambition de montrer la diversité de style des chartistes. L’expo tournera plusieurs années par l’intermédiaire du CRILJ. Quelques images seront présentées au salon du livre de Montreuil auquel nous participerons régulièrement à partir de cette date, rencontrant ainsi notre public et nos partenaires. Pendant cette période de jeunesse de la Charte, nous avons aussi tenté des aventures créatives et collectives comme la Saga, l’Almanach et la Sauterelle verte, qui ont contribué à nous souder et à créer une véritable dynamique.

C’est en 1995, à l’AG de Taverny, que Jack Chaboud et Marie-Florence Erhet nous rejoignent dans ce même conseil d’administration maintenant très actif. La Charte compte alors 180 membres.

En 1996, Jean-Hugues Malineau est élu président, Alain Bellet entre au CA. Sa première démarche est de rencontrer avec Claire Nadaud, Annie Allain, nouvelle responsable de l’AGESSA. La plupart des interventions que nous assurons peuvent enfin êtres assimilées à des droits d’auteur et donc rémunérées de cette manière. C’est un énorme soulagement. Il faut dire que la Maison Des Écrivains nouvellement créée avait déjà un peu débroussaillé le terrain en proposant aux auteurs des contrats d’édition rémunérés en droits d’auteur en échange d’un texte. Cette même année le CIELJ (Centre International d’Étude en Littérature de Jeunesse) de Charleville-Mezières fait la proposition à Claire Nadaud de nous héberger sur son site internet, Ricochet, entièrement consacré à la littérature de jeunesse. Santiago Dias-Herrenschmidt va en réaliser l’essentiel, à nous de le mettre à jour. Nous sommes 208 et les effectifs ne font que croître.

En 1997 notre assemblée générale, à l’invitation de la FOL, a lieu à Châteauroux ; René Escudié, chartiste des temps héroïque entre dans le CA et gère notre site de sa lointaine province. Nous obtenons pour la première fois des subventions de la Drac, de la Mairie de Paris, et du CNL, suite aux démarches de Jean-Hugues Malineau et d’Alain Bellet.

En 1998, l’AG a lieu dans les locaux de la SGDL, Elvire et Marie-Aude Murail, des plumes très reconnues, entrent au conseil. Claire ne renouvelle pas sa candidature au poste de vice-présidente, qu’elle a tenu pendant douze ans. Marie-Aude y est élue. Elvire Murail accepte la lourde charge de trésorière, nous sommes maintenant 250. Cette année-là, Robert Bigot lance une première enquête sur le nombre des publications et des interventions faites par les chartistes et leur statut social. Les résultats sont publiés dans les Nouvelles en août 1999. Cette même année, à la suite de notre demande, nous obtenons l’agrément Jeunesse et Sport. Nous signons aussi une convention renouvelable avec le Centre National des Lettres. À cette période, un grand débat agite les chartistes, « le prêt payant » en bibliothèque, sans que nous soyons officiellement consultés…

En 1999, notre assemblée se tient à Montbéliard. Elle est un peu houleuse et cela traduit probablement une crise de croissance.

Nous sommes 300, et nos activités se multiplient. Nous y tenons notre premier forum sur les raisons de notre engagement dans la littérature de jeunesse. Alain Bellet et Daniel Meynard dirigent les débats puis réalisent le premier Cahier de la Charte, pour lesquels nous bénéficierons d’une subvention du CNL. Élu secrétaire général, Alain organisera régulièrement les débats ainsi que la publication et la direction des Cahiers. Il conservera cette charge jusqu’en 2004.

Nous présentons à cette AG notre seconde exposition, sur la proposition de Béatrice Tanaka. Réalisés en trois volets, deux jeux de reproductions sont envoyés en Roumanie et au Mexique, accompagnés des livres. Les originaux restent en France et tourneront dans des bibliothèques.

Myriam Bénainous est embauchée dans le cadre des emplois jeunes en janvier, mais l’absence de local manque de faire capoter le projet. Heureusement, Monique Hennequin du CRILJ, accepte d’héberger Myriam pendant presque un an. Un local se libère dans la cour, le CRILJ le loue et nous sous-loue un bureau pour notre assistante. Natacha de Molènes, jeune illustratrice, récemment entrée au CA reverra toute la mise en page du journal, tâche qu’elle assurera près de deux ans. C’est elle qui instituera le choix d’un illustrateur mis en valeur dans chaque numéro. Elle formera Myriam au logiciel de mise en page, lui permettant de prendre sa relève. Assurant le secrétariat de rédaction, Jack Chaboud devient rédacteur en chef, responsable d’une équipe de rédacteurs. Ils donneront une vraie qualité aux « Nouvelles » et nous obtiendrons la commission paritaire en 2003.

Christine Flament avait inventé les thés et goûters d’illustrateurs. Dans le même esprit, Marie-Florence Ehret inaugure les repas de la Charte et Michèle Bayard prendra sa suite en 2001 en y invitant des membres associés donnant ainsi des thèmes à ces agapes.

Mais surtout Marie-Florence crée notre mailing liste, véritable journal en ligne qui traduit les humeurs des uns, les soucis des autres, faisant circuler rapidement l’information.

Notre AG a lieu à Eaubonne en 2000 au centre international Charles Perrault.

Christine présente la nouvelle expo « Images de lectures, lecture d’images » à laquelle participent ensemble auteurs et illustrateurs. Les adhésions à la Charte sont devenues un poste important. Nous sommes 400 et les candidatures sont présentées et débattues à chaque CA. C’est Jacques Delval qui en est responsable. Il sera ensuite relayé par Francine Vergeaux.

Marie Wabbes et Philippe Davaine, deux illustrateurs de talent, nous rejoignent au CA. René Escudié, souffrant, ne peut plus assurer la mise à jour du répertoire des adhérents sur le site internet. C’est le mari de Marie-Aude, Pierre, qui prend la relève pour la tenue du répertoire. Alain Bellet s’occupe de développer l’utilisation du site, créant des rubriques nouvelles, des liens, des pages d’actualités et d’informations.

En 2001, notre AG a lieu à Bagneux, Jacques Delval se présente à la présidence et Jean-Pierre Tusseau se charge des demandes d’adhésions. Christine Flament et Marie-Aude deviennent vice-présidentes, réalisant un travail considérable sur les contrats et les tarifs pratiqués dans l’édition. Elles nous en présentent leurs conclusions au salon du livre de Montreuil. La salle n’est pas assez grande pour accueillir tous les chartistes concernés. Christine suit les travaux du Conseil Permanent des Écrivains, assistée de Frédéric Magnan. Elvire Murail nous représente au sein de la SOFIA et Alain Bellet à l’AGESSA. Pour sa part, Claire Nadaud représente la Charte au CA du CPLJ (Salon du livre de Montreuil) ainsi qu’au CRILJ depuis très longtemps. Les interviewes d’illustrateurs sont menées régulièrement par Christine dans chaque numéro du journal.

2002, assemblée générale de Saint-Brieuc. L’idée de régionalisation de la Charte est lancée par Didier Debord dans le Sud-Ouest et Catherine Ganz-Muller dans l’Ouest. D’autres régions bougent, des repas et des rencontres sont organisés. Pascale Védère d’Auria entre au CA, elle va gérer le dossier des membres associés à partir de 2003. Alix Clémence accepte la rédaction en chef des Nouvelles à la suite de Jack Chaboud. Pour contribuer à donner une image dynamique à la Charte, Jean-Jacques Greif et Christine font réaliser une affiche, des cartes et des signets par un illustrateur différent chaque année, Gilles Bachelet en 2002 et Emmanuelle Houdart en 2003.

L’éducation nationale crée « la liste obligatoire » pour aider les enseignants à choisir dans l’immense production de livres pour la jeunesse, ce qui provoque des remous considérables et des controverses, nous rencontrons Henriette Zoughebi à ce sujet.

En 2003, l’AG a lieu à Paris à la SGDL. Dans ce même lieu, Christine et Marie-Aude organisent une journée professionnelle de réflexion sur les contrats de droits d’auteurs. Le public est nombreux. Un compte rendu est publié dans le n° 22 des Nouvelles et mis en ligne sur notre site. Au cours de cette assemblée Marie-Aude lance « les 6 points » qui sont à négocier ou à imposer dans nos contrats. Yaël Hassan nous rejoint au CA. Elle devient notre correspondante sur le site de la revue Citrouille, la revue de nos libraires préférés.

Au salon du livre de Montreuil, nous présentons notre expo « Passionnément Passeurs » réalisée par Christine Flament, montrant le rapport entre les illustrateurs et leurs sources d’inspiration. La DRAC d’Île-de-France subventionne cette création, puis la bibliothèque de Montreuil présente l’exposition dans son intégralité pendant un mois.

Octobre 2004, Le Blanc. Jacques Delval quitte la présidence de la Charte et passe la main à Alain Bellet.

Pour la seconde fois, nous tenons notre AG dans l’Indre, grâce à la FOL et à la municipalité. Jacques Delval, qui avait accepté d’ajouter une année supplémentaire à son mandat, malgré l’ampleur du travail avec maintenant 600 adhérents, abandonne son mandat. Deux nouvelles recrues nous rejoignent au CA : Sonia Delmas s’engage à tenir le secrétariat de rédaction du journal et Marie Sellier à gérer la trésorerie des adhésions. Devant nos difficultés, Sophie Dieuaide accepte de reprendre la gestion du répertoire de notre site en liaison avec Alain Bellet, en remplacement de Pierre Robert.

Il est notable que dans ce compagnonnage au sein du CA, certains nous quittent mais continuent à tenir le poste qu’ils avaient auparavant ce qui permet à la Charte de pouvoir continuer à se développer. Qu’ils en soient tous remerciés. Jean-Claude Djian devient rédacteur en chef des Nouvelles et Jeanne Delval, graphiste, en assure la maquette. Myriam notre assistante travaille à mi-temps désormais et ne peut plus assurer la présence de la Charte dans les salons. La balle est dans le camp des régions.

Dans l’année, une seconde réunion d’information à lieu à la SGDL sur les droits des illustrateurs, organisée par Jeanne Pujol de l’UNPI et Christine Flament. Nous rencontrons également pour la première fois le Syndicat National de l’Édition.

Notre présence sur le salon du livre de Montreuil, où nous avons souvent partagé notre stand pour des raisons financières, a développé des liens avec d’autres associations : Lire et faire lire, Union Nationale des Peintres et Illustrateurs, Ricochet…

Bien entendu, pendant toutes ces années, l’édition jeunesse a aussi beaucoup évolué. Le nombre de titres et le nombre d’éditeurs s’est multiplié allant jusqu’à la limite de l’inflation. Les textes et les images se sont transformés créant malgré les excès une dynamique formidable. Il est probable que ce bilan reste incomplet, mais il semblait nécessaire pour ce vingtième anniversaire de le tenter.

Claire Nadaud