Dans les petits papiers de...

Cécile Gambini

Portrait

photo © Barroux

Elle pourrait être une chanson de cour de récréation, ou de la pop italienne oubliée dans un vieux café de Paris.

Elle aime les poissons et la nourriture japonaise.

Elle aime rire mais se met facilement en colère.

Elle porte les plus beaux vêtements du monde et des parfums à la figue.

De ses terres du sud, pas loin de Grasse, elle a appris le goût de la mer hâlée et des vraies tomates.

Et avec tout ça, elle se trompe encore dans l’orthographe des girelles et de la Méditerranée.

C’est bien Cécile Gambini.

De sa formation à l’école des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence et aux Arts Décoratifs de Strasbourg, je ne dirai pas grand chose, sinon qu’elle se méfie depuis des photographes et des copines. On ne peut que lui donner bien raison.

Son premier travail fut dédié à sa grand-mère, l’un des derniers aussi. Cela signifie forcément quelque chose, mais je ne sais pas tout à fait quoi.

De ses livres « normaux », publiés dès la post-adolescence par de multiples éditeurs – bibliographie choisie : Margherita, (Albin Michel), Bob Robinson (Seuil jeunesse), Comptine (Rue du Monde), Bagbada ( Seuil Jeunesse ), Mon carnet vietnamien (Nathan), Le petit Chaperon rouge (Nathan), Du ski dans la purée (l’Atelier du Poisson soluble) Rocky Cat ( Atelier du poisson soluble )– je n’en dirai pas davantage, sinon que normaux, ils ne le sont pas tout à fait. On y trouve assez systématiquement des grands nez. C’est un rien préoccupant. Mais, en fait, cela fait tellement de bien.

Le reste du temps, on la voit cuire des sculptures en céramique, se lancer dans d’incessants voyages, rencontrer des amis en pagaille, vivre des fêtes régulières et des peurs qui ne le sont pas moins. Cette folle existence, elle la distille depuis presque vingt ans dans des petits livres charnels et pudiques qu’elle conçoit régulièrement, de ses mains, à l’enseigne des éditions Pavupapri. Elle est ainsi l’éditeur, le chef de fabrication et l’unique auteur de centaines de perles où textes et images se parlent, à chaque fois qu’à quelques exemplaires. J’ai la chance d’en posséder quelques-unes et je les collectionne, comme des bêtises.

Si vous voulez voir et comprendre : pavupapri

Ce travail semi-clandestin est à mon avis son chef-d’œuvre, car c’est là où elle joue le mieux avec ses peurs, ce qui n’est pas rien. Mais c’est un chef-d’œuvre particulier, qui ne trouvera sans doute sa conclusion qu’au moment de sa mort. C’est drôle, à y réfléchir, mais tellement elle aussi.

Elle vit entre Paris et l’Auvergne.

Elle vit surtout entre l’écriture et le dessin.

Et en vérité, elle n’a pas tant peur que ça :

Cécile Gambini, c’est bien.

Un portrait de Frédéric Martin pour la Charte.