Dans les petits papiers de...

Pascale Maret

Portrait

Pour faire mon portrait en écrivain...

Construire d’abord une école
avec dedans une petite fille qui s’y trouve comme chez elle,
parce que c’est chez elle.
La regarder dévaler deux étages pour se ranger dans la cour avec les copines et, le jeudi, faire du patin à roulettes dans les couloirs déserts ou traîner dans la cour silencieuse.

Ajouter ensuite des livres de toutes les couleurs,
bibliothèque rose et verte, rouge et or. Ouvrir les livres et laisser la petite fille danser avec « La ballerine de Majorque », voguer sur le Mississippi avec « Huckleberry Finn », suivre Jim sur « L’île au trésor » et vivre les aventures du « Club des cinq ».
Attendre qu’elle grandisse, nourrie par ses lectures, jusqu’à ce qu’elle passe de l’autre côté du bureau dans la classe, toujours chez elle à l’école.

Déplier alors une carte du monde et laisser la fille plus si petite sauter d’un continent à l’autre, en tenant par la main son amoureux et puis un, deux, trois enfants. Attendre encore sans se décourager.
Elle a besoin de temps.
Quand elle atterrit au pays des pagodes d’or lui donner un beau cahier d’écolière, parce que là, elle est prête, enfin, à écrire.
Et bientôt à quitter l’école.

Quand elle s’est décidée, faire un pêle-mêle
de paysages traversés,
de gens approchés,
de souvenirs,
de rêves, de portraits d’enfants,
de morceaux d’histoires,
de bouts de journaux,
de blessures cachées,
de moments de grâce.

Étaler tout ça pour qu’elle puisse y piocher, en faire des histoires-puzzles.
Ne pas s’impatienter.
La laisser prendre son temps, perdre son temps.
Ajouter pour finir un jardin, quelques chagrins et les doutes inévitables.
Compter les cahiers remplis
et se dire qu’on a peut-être enfin un portrait d’écrivain.

Pascale Maret, mai 2013, pour La Charte.

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