Dans les petits papiers de...

Annelise Heurtier

Enfant, il me semble m’être imaginée institutrice, caissière, gymnaste professionnelle, docteur, bibliothécaire, créatrice de robes pour Miss France (aheum), vétérinaire et sûrement coiffeuse, au vu du nombre d’expérimentations capillaires réalisées sur mes Barbies (ou ma sœur). En tous cas, ce dont je suis certaine, c’est que le métier d’ « auteur » ne m’a jamais traversé l’esprit. C’est très étrange, d’ailleurs, parce que j’adorais lire – je pouvais y passer des journées entières, je connaissais certains bouquins par cœur – et écrire (j’attendais le jour des rédactions avec impatience). Mais à aucun instant je ne me suis demandé comment on devenait écrivain, tout simplement parce que pour moi, ce n’était pas un métier, mais un état. Dans mon esprit, les écrivains constituaient un monde à part, sortes d’ectoplasmes ni vivants ni morts habitant hors de la vie réelle, écrivant à 3 heures du matin, dans la pénombre, un whisky à la main et une chandelle sur la table…

Genre, comme ça

Il faut dire qu’à l’époque, on n’avait pas l’habitude de recevoir des écrivains dans les classes.

J’ai entrepris des études très classiques. J’étais très bonne élève et sans réelle vocation (l’attrait de la grande distribution s’était terni avec les années et mon aversion du sang entravait sérieusement mon avenir de chirurgien émérite), j’ai opté pour une voie générale : une classe prépa puis une école de commerce.
Quelques années plus tard, je me lançais dans la vie active et je rencontrai mon amoureux et ses beaux yeux bleus. Deux ans après, en 2004, on lui proposait un job à Tahiti… c’est ainsi que nous sommes partis à l’autre bout du monde pour un premier séjour de deux ans. C’est là-bas, entre les plongées avec les requins et les dauphins, les leçons de danse tahitienne et les baignades dans le lagon à 30 degrés (oui je crâne) que s’est produit le déclic, un peu par hasard.

J’avais pour habitude d’envoyer des petits cadeaux locaux à ma filleule restée en métropole. Plutôt que de les lui envoyer tels quels, j’inventais une histoire pour leur donner une provenance particulière (le coquillage en nacre de la reine du lagon, le tissu à fleurs d’une danseuse de tamuré…). Et un jour, comme l’une d’entre elle trainait sur la table, attendant qu’une âme charitable la timbre et l’emmène à la poste pour moi, mon compagnon (l’âme charitable en question) l’a lue. Je le revois me dire « Hey, c’est pas mal, tu devrais écrire des livres pour les enfants ». Je me suis marré et lui ai demandé s’il n’avait pas un timbre en rab.

Mine de rien, c’est par cette petite phrase que tout a commencé. Après tout, j’avais du temps (pas d’enfants et un compagnon bien élevé par sa maman, c’est-à-dire capable de trouver tout seul ses vêtements et un truc à manger si sa copine est occupée avec sa pénombre et son whisky), et rien ne m’empêchait d’essayer.
J’ai eu de la chance : mon premier texte a rapidement été retenu. C’était en 2005. J’avais 24 ans (haaaa, 24 ans…).
Pendant quelques temps, j’ai publié deux ou trois petits romans par an. J’avais un job à plein temps, et j’étais devenue jeune maman (= crevée et obnulbilée par sa progéniture, deux conditions peu propices à l’écriture de quoi que ce soit d’autre qu’une liste de courses ou d’activités éducatives).
En 2011, quelques mois après la naissance de Diane, notre deuxième enfant, nous sommes repartis habiter en Polynésie. Là-bas, j’ai décidé de ne pas chercher de travail « normal » (ce qui pour moi signifiait « salarié ») et en profiter pour développer mon activité d’auteur (et mes compétences en tamuré^^). D’un seul coup, je passais d’une heure disponible par semaine à plusieurs heures par jour ! C’est ainsi que j’ai pu me lancer dans l’écriture de romans ados plus « exigeants », ou en tous cas nécessitant de longs mois de recherche documentaire, comme Sweet Sixteen, par exemple (une fiction inspirée de l’histoire des Neuf de Little Rock, un épisode phare du mouvement pour les droits civiques), Là où naissent les nuages ou encore Refuges, qui revient sur les destinées tragiques des migrants érythréens.

Aujourd’hui, 5 ans après, nous sommes de retour en métropole (les cocotiers, la douceur de vivre, le soleil et la sérénité au quotidien, c’est très surfait. Hum). Je ne sais pas encore de quoi demain sera fait mais pendant un an ou deux, j’ai envie de donner une chance à l’écriture et de continuer cette activité uniquement. Si je constate que cela ne me permet pas d’être indépendante financièrement, et bien j’imagine que je reprendrai une activité classique… Qu’il faudra forcément concilier avec l’écriture, car je ne vois pas très bien comment je pourrais m’en passer maintenant. Je vais peut-être finir par écrire la nuit, avec une chandelle et un whisky ;-)

On a déjà la pénombre…

Mon blog.

Annelise Heurtier, octobre 2016, pour la Charte.